
Quand mamie Paulette fait du café, elle sort toujours ses jolies tasses de porcelaine et immanquablement elle répète :
"Ma grand-mère les a eues pour son mariage, elles ont plus de cent ans, tu sais ?
Quand mamie Paulette se met à coudre, elle me raconte comme c'était dur l'apprentissage de son temps. Mais bon, c'était la guerre, et grâce à ça, elle avait été la jeune fille la plus élégante de Vignargue.
Quand mamie Paulette me regarde, elle s'exclame avec fierté: "Tu es tout le portrait de ma Valérie". Maman est blonde et dodue, sa peau ne bronze pas, même après des heures passées sur le tracteur... mais moi, je n'ai pas besoin de soleil pour avoir ce teint de cuir tanné, et seule la paume de mes mains est rosée.
Alors mamie Paulette me fait la bise et dit :
"Tu as pris la jolie couleur de ton papa, mais ça t'empêche pas d'être une vraie ardéchoise, va."
Quand j'étais petite, Mamie Paulette traversait tout le village en me tenant par la main. Les commerçants me regardaient avec curiosité. Et ils pensaient: "Elle a été adoptée, la petite des Soubeyrand? "
Alors, comme nous reprenions le chemin de la maison à petits pas, Mamie Paulette me confiait:
"Dans la famille, on a toujours été les premiers pour la modernité. On a eu le premier tracteur, la première télé, la première machine à laver, et ta maman a été la première agrégée du village.
Et maintenant, grâce à toi, nous sommes les premiers métissés."
J'ose même pas imaginer que mamie Paulette disparaisse.
Mais, hier, elle a fait un petit malaise.